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Serge m'a cependant demandé de prendre le temps de réfléchir et m'a donné à lire ses deux livres qui relatent son travail et sa philosophie. J'y ai retrouvé rapidement des choses familières et qui se rapprochaient de ce que j avais moimême vécu au cours de plusieurs années de pratique d'eutonie et de hatha yoga. De plus, sur le plan des idées, certaines notions développées par Serge correspondaient à des conceptions que j'essaie de faire miennes depuis longtemps et, finalement, l'impression d'une certaine communauté de pensée et de sensibilité m'a poussé à accepter de me livrer à cette expérience. Je me suis donc rendu à Tournai, dans le saint des saints de la méthode wilfardienne, pour assister à ce moment étonnant où des jeunes femmes, déjà pratiquantes de longue date, venaient en quelque sorte recevoir leur adoubement définitif. Dans un premier temps, je n'étais pas très fier de moi, n'ayant finalement aucune compétence dans le domaine et ne pensant pas avoir le droit moral de "juger" de celles de ces personnes qui pratiquaient le chant de longue date et avaient en réalité investi leur vie entière dans ce travail. Mais, même Si elles n'ont jamais disparu de mon esprit, ces réserves personnelles sont rapidement passées à l'arrière-plan. Ce à quoi j'ai assisté, ces deux dimanches pluvieux de septembre 2001, était en effet de nature à bouleverser tout ce que je croyais savoir à propos de la voix. Ce qui frappait dès l'abord c'est que chacune des personnes qui se présentait à l'examen mettait en avant une personnalité affirmée, mature (sauf peut-être l'une d'entre elles qui semblait plus fragile) et empreinte de ce mélange de pragmatisme que donne l'action concrète mais aussi de subtilité et de sensibilité que donne l'ouverture aux questions existentielles. D'emblée, nos candidates se révélaient être des personnalités solides, profondes et complexes. A travers leur concentration, leur sérieux, leur pondération et la sensation d'une responsabilité dairement repérée et assumée, l'on pouvait déjà sentir que nous étions là dans le cadre d'une pratique assise, construite sur base d'expériences concrètes et menée avec serieux. Le travail écrit demandé à chacune des candidates permettait en outre de jauger la qualité de leur réflexion théorique et leur degré d'ouverture (éventuellement culturelle) à certaines formes de pensée. Si ce travail n'augurait en rien de leurs capacités pratiques dans le domaine du travail de la voix, il venait cependant compléter utilement le portrait global qu'elles venaient en quelque sorte offrir aux regards des examinateurs. Et, de fait, on ne pouvait imaginer qu'un tel engagement ne soit pas construit aussi sur des bases théoriques et intellectuelles d'une certaine valeur.
Mais le plus important et le plus spectaculaire pour
moi allait se révéler dans les séances pratiques
de travail sur la voix effectuées avec le concours actif de jeunes
chanteurs, débutants absolus ou pratiquants plus ou moins confirmés,
qui avaient accepté de servir de cobaye à nos candidates. Le caractère très physique de la méthode m'a rappelé que la relation au corps n'est pas toujours empreinte de douceur et que les ressources que nous avons en nous demandent parfois à être extraites rudement de leur cachette. Je peux même dire que, à plusieurs reprises, j'ai été très impressionné par le caractère vraiment dramatique de ces véritables combats qui se déroulaient sous nos yeux. Des voix qui ne "voulaient" pas sortir ont été physiquement contraintes à le faire et le résultat a été parfois d'une ampleur inouïe. On pouvait également percevoir, notamment dans les séances les plus difficiles, que la connaissance du corps ici mise en oeuvre ne pouvait pas être dissociée d'une connaissance de la psychologie ou même de l'âme (?) de la personne sur laquelle s'exerce ce travail. En d'autres termes, ce que nos candidates ont prouvé ces jours-là c'est également leur capacité à rester à l'écoute attentive de ce que leur " disaient" leurs cobayes. Et pas toujours avec des mots. Ce que j'ai vu n'était pas de la magie ou une forme subtile de persuasion quelconque mais bien le résultat concret et matériel d'une connaissance intime de l'être humain, de ses possibilités et de ses limites physiques, psychologiques et - pourquoi pas - spirituelles. Car, en effet, à partir du moment où un travail touche l'être dans l'une de ses dimensions les plus personnelles, il y a inévitablement une mise enjeu de ces rouages secrets, de ces ressources secrètes. Le travail de la voix, le travail du souffle, ne sont pas des choses anodines que l'on peut faire sans investissement personnel. C'est une réalité concrètement constatée tant dans le travail des candidates que dans celui des cobayes incrédules qui, pour certains d'entre eux, se sont sans doute longtemps demandés comment leur corps avait pu produire un souffle d'une puissance et d'une tonalité qui leur était jusqu'à ce jour-là parfaitement inconnues... Jean-Pol Hecq |
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